Un pont vers l’Afrique de l’Ouest pour l’École des Ponts ParisTech

Thibaut SKRZYPEK2

L’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB – Côte d’Ivoire) est né en septembre 1996, de la fusion de quatre établissements d’enseignement supérieur, les Grandes écoles de Yamoussoukro : l’École Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA), l’École Nationale Supérieure des Travaux Publics (ENSTP), l’Institut Agricole de Bouaké (IAB), et l’Institut National Supérieur de l’Enseignement Technique (INSET). Accompagnant cette fusion, six nouvelles écoles sont créées au sein de l’Institut : l’École Supérieure d’Agronomie (ESA), l’École Supérieure d’Industrie (ESI), l’École Supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises (ESCAE), l’École Supérieure des Mines et de Géologie (ESMG), l’École Supérieure des Travaux Publics (ESTP), et l’École de Formation Continue et de Perfectionnement des Cadres (EFCPC). L’ENSTP (devenue ESTP-INPHB) a longtemps entretenu des rapports fructueux avec l’ENPC, qui se sont distendus depuis 1992, pour quasiment disparaître pendant les années de crise politique en Côte d’Ivoire (2002-2007 puis 2010-2011). Depuis 2011, un nouveau directeur général, Koffi N’Guessan, et son équipe redonnent un élan salvateur à cette institution qui fut prestigieuse.

Les premiers résultats sont probants:
Grands projets de réhabilitation immobilière, de refonte de la gouvernance, de réforme des cursus et d’équipements avec les crédits désendettement développement de l’AFD (Agence Française de Développement);
Remise à niveau des classes préparatoires aux grandes écoles (5 admis à l’École Polytechnique l’an dernier);
Mise en place de collaborations avec l’École Polytechnique, le CNAM, l’ENAC et l’École des Mines de St Etienne;
Initiation d’un rapprochement avec la Conférence des Grandes Ecoles et d’une accréditation de leurs programmes de formation d’ingénieurs par la CTI (Commission des Titres d’Ingénieurs).

Ce redressement de l’INPHB se déroule dans un contexte ivoirien dynamique et à fort enjeux: croissance du PIB de près de 9% par an qui entraîne des tensions sur la main d’œuvre qualifiée et formée, développement urbain (surtout Abidjan) tentaculaire, infrastructures sous tension (seulement 8% du réseau routier ivoirien est bitumé, axes existants en mauvais état).
D’autre part, le secteur de l’enseignement supérieur ivoirien est en plein bouleversement: avec 90 000 bacheliers chaque année et un secteur public de l’enseignement qui peut seulement en absorber un tiers, une myriade d’établissements privés se sont placés sur le marché avec une grande diversité de qualité.


De récents contacts entre l’ENPC et l’INPHB ont abouti à une récente mission en Côte d’Ivoire destinée à jeter les bases d’une reprise des relations institutionnelles et académiques entre l’ENPC et l’INPHB. Il s’agira notamment d’augmenter le nombre d’étudiants de l’INPHB dans les masters et mastères spécialisés de l’ENPC, avec l’appui des équipes sur place pour présélectionner les meilleurs étudiants.
Par ailleurs, des discussions ont débuté pour co-opérer un programme de type mastère spécialisé sur place. Pour l’ENPC, cette perspective se révèle intéressante à plus d’un titre:
– les possibilités immobilières d’accueil d’étudiants sur le campus de Champs-sur-Marne ne sont pas extensibles;
– la surface financière nécessaire des candidats d’origine Africaine et de leurs familles pour payer ce type de formation à l’ENPC et vivre en région parisienne atteint facilement ses limites, alors qu’une version locale sera probablement plus accessible;
– la connexion au marché et au contexte local est plus dense, plus forte, plus pertinente.
Il s’agit ainsi d’une démarche de transmission d’un savoir-faire en ingénierie académique, d’un rayonnement de la marque ENPC et d’un levier d’accompagnement des entreprises françaises partenaires de l’ENPC qui opèrent ou envisagent d’opérer en Côte d’Ivoire et dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest qui se profile au travers de ce projet.

Auteur : Thibaut SKRZYPEK, responsable relation internationale.