Interview
« Une startup ne réussit pas seulement grâce à une bonne idée. Elle réussit parce qu’elle est accompagnée au bon moment, par les bonnes personnes. C’est précisément ce que nous voulons offrir aux entrepreneurs des Ponts. »
À l’occasion du lancement du nouveau programme Station F, la Fondation des Ponts a souhaité croiser les regards de Louis-Marie Pons, délégué général de la Fondation des Ponts, et de Jean-Christophe de Tauzia, directeur général de Descartes Développement & Innovation (DDI), partenaire de la transformation du programme. Ensemble, ils reviennent sur les enjeux de cette nouvelle étape au service des entrepreneurs issus de l’École.
Depuis plus de dix ans, la Fondation des Ponts accompagne les élèves et jeunes diplômés dans leurs projets entrepreneuriaux. Quel regard portez-vous sur cette démarche ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : C’est une démarche particulièrement cohérente avec l’histoire et les valeurs de l’École des Ponts. Depuis 2012, la Fondation et l’ensemble de l’écosystème des Ponts ont progressivement construit un véritable parcours entrepreneurial : sensibilisation à l’innovation, émergence d’idées, soutien aux projets, incubation puis financement des jeunes entreprises.
Cette continuité est précieuse. Aujourd’hui, plus de 150 projets ont été accompagnées grâce à cet engagement collectif. Cela démontre qu’il existe à l’École des Ponts un véritable potentiel entrepreneurial qu’il est essentiel de continuer à soutenir.
L’incubateur des Ponts à Station F a été créé en 2017. Pourquoi ce modèle doit-il aujourd’hui évoluer ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : Lorsque Station F a ouvert ses portes, disposer d’un espace dans le plus grand campus de startups au monde constituait une opportunité exceptionnelle.
À l’époque, cela représentait à lui seul un avantage compétitif important, et Ponts Alumni, l’association des anciens élèves, a décidé de s’engager en y réservant des places pour les startups créées par des élèves ou des anciens de l’École.
Mais le marché de l’accompagnement entrepreneurial a profondément changé. Les incubateurs se sont multipliés, les offres se sont professionnalisées et les attentes des entrepreneurs ont évolué.
Aujourd’hui, les startups recherchent avant tout un accompagnement à forte valeur ajoutée : du mentorat, un accès aux financements, des conseils stratégiques, des mises en relation qualifiées, un suivi régulier et des expertises spécialisées. L’hébergement reste un atout, mais il n’est plus suffisant à lui seul.
Est-ce la principale difficulté rencontrée aujourd’hui par le programme ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : Oui, c’est sans doute l’enjeu principal.
Le programme dispose d’atouts considérables : la marque Ponts, la qualité des entrepreneurs, le réseau des alumni et l’accès à Station F. En revanche, comme beaucoup de dispositifs historiques, il a été conçu à une époque où les besoins étaient différents.
L’accompagnement repose aujourd’hui en grande partie sur l’engagement remarquable de bénévoles et d’alumni très investis. Mais les startups ont désormais besoin d’un suivi beaucoup plus structuré et plus fréquent.
Dans un environnement très concurrentiel, les entrepreneurs se tournent naturellement vers les structures qui leur apportent le plus d’accompagnement au quotidien.
Cette situation a-t-elle mis le programme en danger ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : Oui. La baisse du nombre de startups incubées a progressivement fragilisé le modèle économique du programme.
Le plateau de Station F n’est plus rempli comme il l’était auparavant et cela génère un déficit structurel. Ponts Alumni ne pouvait pas continuer à porter seul cet effort financier dans la durée.
Sans réaction, le programme aurait dû fermer fin 2025.
C’est dans ce contexte que la Fondation des Ponts a décidé d’intervenir ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : Exactement.
Grâce à la générosité de ses donateurs, la Fondation a choisi de soutenir le programme et d’accompagner sa transformation. Cette décision est essentielle car elle permet à la fois d’assurer sa continuité et de construire un modèle plus adapté aux besoins des entrepreneurs d’aujourd’hui.
Ce qui est remarquable, c’est que la Fondation n’a pas simplement choisi de préserver le programme. Elle a décidé d’investir dans sa transformation. Grâce à l’engagement de ses donateurs, elle peut aujourd’hui soutenir la mise en place de nouveaux services d’accompagnement qui bénéficieront directement aux entrepreneurs.
On a donc cherché un partenaire capable de nous accompagner dans cette transformation. Après plusieurs discussions, il est apparu que DDI représentait le partenaire idéal : associé de longue date sur le campus avec l’École, et déjà partenaire de la Fondation sur le prêt d’honneur.
Pourquoi Descartes Développement et Innovation (DDI) a-t-il souhaité s’engager dans cette nouvelle étape ?
Jean-Christophe de Tauzia, Directeur général de DDI : Parce que nous avons immédiatement identifié un fort potentiel.
L’École des Ponts forme des entrepreneurs capables de répondre à des défis majeurs : transition écologique, industrie, énergie, mobilité, numérique ou encore aménagement des territoires.
Par ailleurs, le programme dispose déjà d’une base solide. Il ne s’agit pas de reconstruire quelque chose qui n’existe pas, mais d’ajouter les briques d’accompagnement qui permettront aux startups de franchir un cap supplémentaire.
Notre rôle est de mettre à disposition notre expertise de l’accompagnement de l’innovation afin de renforcer l’impact du programme.
Concrètement, que va apporter DDI aux startups incubées ?
Jean-Christophe de Tauzia, Directeur général de DDI : Notre première mission sera de mieux comprendre les besoins de chaque startup.
Chaque entrepreneur bénéficiera d’un diagnostic approfondi permettant d’identifier ses forces, ses points de vigilance, ses objectifs et les priorités à traiter. À partir de cette analyse, nous construirons une feuille de route adaptée à son stade de développement.
L’idée est de sortir d’une logique uniforme pour proposer un accompagnement réellement personnalisé.
À quoi ressemblera cet accompagnement au quotidien ?
Jean-Christophe de Tauzia, Directeur général de DDI : Les startups bénéficieront d’un suivi régulier tout au long de leur incubation.
Nous organiserons des rendez-vous individuels afin d’évaluer leur progression, de les aider à prendre les bonnes décisions et d’identifier les ressources dont elles ont besoin.
En parallèle, nous mettrons en place des ateliers collectifs sur les sujets qui sont souvent déterminants pour la réussite d’une jeune entreprise : construction du business model, stratégie de développement, marketing, développement commercial, financement, propriété intellectuelle, préparation du pitch ou encore levée de fonds.
L’objectif est de donner aux entrepreneurs des outils immédiatement mobilisables pour accélérer leur croissance.
Le mentorat occupera également une place importante dans le programme. Pourquoi ?
Jean-Christophe de Tauzia, Directeur général de DDI : Parce que l’expérience est un accélérateur formidable.
Nous souhaitons permettre aux startups de bénéficier des conseils d’entrepreneurs expérimentés, de dirigeants, d’investisseurs et d’alumni qui ont déjà traversé les étapes qu’elles s’apprêtent à franchir.
Le mentorat permet souvent d’éviter certaines erreurs, de gagner du temps et de prendre du recul sur les décisions stratégiques.
C’est aussi un moyen très concret de renforcer les liens entre les différentes générations de la communauté des Ponts.
Vous évoquez également un accès renforcé aux financements. Que faut-il entendre par là ?
Jean-Christophe de Tauzia, Directeur général de DDI : Le financement constitue souvent l’un des principaux défis rencontrés par les jeunes entreprises.
Nous accompagnerons les startups dans l’identification des aides publiques auxquelles elles peuvent prétendre, dans la préparation de leurs dossiers et dans leurs démarches de recherche de financements.
DDI est notamment labellisé Innov’up Incubation, un label de la Région Île-de-France qui ouvre l’accès à des dispositifs de financement spécifiques pour les startups accompagnées.
Grâce à notre expertise et à nos réseaux, elles pourront également être orientées vers des investisseurs, des partenaires et différents dispositifs de soutien adaptés à leur niveau de maturité.
L’objectif est de leur permettre d’accéder plus rapidement aux ressources nécessaires à leur développement.
Au-delà de l’accompagnement, comment comptez-vous renforcer l’attractivité du programme ?
Jean-Christophe de Tauzia, Directeur général de DDI : Il est essentiel que davantage d’entrepreneurs issus des Ponts connaissent l’existence de ce dispositif.
Le programme doit gagner en visibilité afin d’attirer davantage de candidatures et de faire émerger de nouveaux projets.
Nous souhaitons également mieux valoriser les réussites entrepreneuriales issues de l’écosystème des Ponts. Les nombreuses startups accompagnées depuis plus de dix ans constituent la meilleure preuve de l’utilité du programme et de son impact.
Quel impact concret auront les dons des alumni et des amis de l’École ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : Ils sont absolument déterminants.
Les dons permettent d’abord à la Fondation de soutenir financièrement le programme pendant cette phase de transformation. Mais surtout, ils financent ces nouveaux services : l’accompagnement individualisé, les ateliers collectifs, le mentorat, les mises en relation, l’accès aux experts et le soutien à la recherche de financements (La Fondation prendra en charge 50% du coût total de l’accompagnement).
Autrement dit, les dons ne servent pas seulement à maintenir des postes à Station F. Ils permettent de créer les conditions de réussite des startups des Ponts.
Quel message souhaitez-vous adresser aux donateurs ?
Louis-Marie Pons, Délégué général de la Fondation des Ponts : Je voudrais leur dire que leur soutien a un impact très concret.
Chaque don contribue à donner à un entrepreneur les moyens d’aller plus vite, plus loin et dans de meilleures conditions. Derrière chaque startup accompagnée, il y a des emplois, des innovations, des solutions nouvelles et parfois des réponses à de grands défis de société.
En soutenant << Nouvel Élan I Pont @ Station F >>, le nouveau programme, les donateurs permettent non seulement de préserver un programme historique de l’écosystème des Ponts, mais surtout de lui donner les moyens de préparer les réussites entrepreneuriales de demain.
Interview réalisée par la Fondation des Ponts.





