Interview
« Soutenir ce projet, c’est contribuer directement à la capacité de l’École des Ponts à renforcer son rayonnement scientifique et académique et à demeurer, au travers de l’IP Paris, une institution de premier plan dans les décennies à venir. »
Entretien avec Anthony Briant, directeur de École nationale des ponts et chaussées, autour du futur bâtiment de l’École sur le campus de Institut Polytechnique de Paris.
« L’État continuera naturellement à soutenir l’École, mais il devient plus que jamais indispensable que les communautés d’alumni continuent à participer elles aussi à son développement et à son rayonnement. »
À travers ce projet, l’École des Ponts souhaite à la fois renforcer les synergies académiques et scientifiques avec les acteurs de l’Institut Polytechnique de Paris, et accompagner le développement de ses formations et de ses promotions étudiantes.
Pourquoi l’École des Ponts porte-t-elle aujourd’hui ce projet de bâtiment sur le campus de l’Institut Polytechnique de Paris ?
Le bâtiment répond à trois grands enjeux qui sont étroitement liés.
Le premier, c’est l’intégration de l’École à l’Institut Polytechnique de Paris. Même si les futures lignes de transport rapprocheront physiquement les campus, il est essentiel pour l’École d’avoir une présence concrète sur le plateau de Saclay. Cela permettra de construire davantage de projets communs avec les autres écoles membres d’IP Paris, en formation comme en recherche. La proximité, les relations interpersonnelles comptent dans la création et la transmission des savoirs…
Le deuxième enjeu concerne la formation. L’École connaît aujourd’hui un développement important de ses activités, par une augmentation de ses effectifs d’ingénieurs, mais aussi autour des masters, du doctorat et de la formation continue. Le campus de Champs-sur-Marne arrive progressivement à saturation sur certains usages. Ce nouveau bâtiment offrira des espaces adaptés pour accueillir ces formations, de niveau master, développées avec les écoles d’IP Paris et plus largement avec les acteurs du plateau de Saclay.
Enfin, le troisième enjeu est scientifique. L’École entre dans une période de renouvellement important de ses équipes de recherche. C’est une opportunité pour réfléchir aux grandes thématiques que nous voulons investir dans les années à venir : transition écologique, décarbonation, infrastructures, ville, intelligence artificielle ou encore vivant et biodiversité. Ce projet scientifique se construira au cœur de l’IP Paris.
Ce bâtiment est un levier pour rendre ces ambitions concrètes.
En quoi ce projet va-t-il transformer la formation à l’École des Ponts ?
L’idée n’est pas de déplacer toute l’École à Saclay, mais de développer certains parcours à forte dimension partenariale.
Les formations de master constituent aujourd’hui une part essentielle de notre modèle académique. Beaucoup sont déjà co-construits avec les écoles d’IP Paris. Nos étudiants circulent déjà entre plusieurs campus. Installer une partie de ces formations sur le plateau de Saclay permettra de renforcer cette dynamique.
Le projet ouvre aussi des perspectives importantes pour la formation continue, qui représente un axe stratégique pour l’avenir de l’École, tout en permettant d’accompagner le développement des effectifs étudiants. Les besoins de montée en compétence évoluent rapidement et les ingénieurs doivent désormais se former tout au long de leur carrière.
À Champs-sur-Marne, cela permettra également de redonner des marges de manœuvre pour d’autres développements, notamment les formations post-bac. (Bachelor)
Pourquoi envisager d’installer les élèves de troisième année sur le plateau de Saclay ?
Les élèves de troisième année ont déjà un fonctionnement beaucoup plus mobile. Une grande partie d’entre eux suit des doubles diplômes ou des masters réalisés avec d’autres établissements partenaires. Ils ont donc déjà l’habitude de naviguer entre différents sites.
À l’inverse, les premières années sont fortement attachées à la vie de promotion à Champs-sur-Marne, où l’École dispose notamment de ses résidences étudiantes et de ses principaux équipements pédagogiques, permettant une bonne immersion dans la vie de promotion.
L’objectif n’est donc pas de rompre avec l’identité historique du campus de Champs-sur-Marne, mais d’ajouter une nouvelle implantation complémentaire.
Ce bâtiment marque-t-il un déplacement du centre de gravité de la recherche de l’École ?
Oui, indéniablement, mais de manière progressive et équilibrée.
L’École a construit depuis près de trente ans un écosystème scientifique extrêmement fort à Champs-sur-Marne, avec notamment plusieurs laboratoires en co-tutelle avec Université Gustave Eiffel et d’autres partenaires académiques. Ces collaborations resteront structurantes.
Le projet de Saclay doit plutôt être vu comme l’ouverture d’un nouveau front scientifique, permettant de développer des projets en interaction avec les acteurs d’IP Paris et les grandes infrastructures de recherche du plateau. C’est le début d’un nouveau chapitre pour l’Ecole qui s’amplifiera dans les années qui viennent.
L’idée n’est pas de recréer un « deuxième campus des Ponts », mais de faire émerger des équipes-projets, ouvertes aux chercheurs des autres écoles membres de l’IP Paris, autour de grands enjeux sociétaux et scientifiques. Ce bâtiment, et le projet scientifique qui y naîtra, doit nourrir le maillage inter-école et inter-disciplinaire, ferment de la structuration d’IP Paris.
Quels types de recherche le bâtiment accueillera-t-il ?
Le bâtiment accueillera principalement des activités de recherche et de formation compatibles avec un environnement tertiaire technicisé.
Il ne s’agit pas d’y transférer les grands équipements expérimentaux présents à Champs-sur-Marne, comme ceux du laboratoire Navier. Cela permet d’ailleurs de répondre à certaines inquiétudes : le projet ne correspond pas à un déménagement massif de la recherche historique de l’École.
Les activités accueillies à Saclay seront davantage tournées vers des recherches numériques, interdisciplinaires et collaboratives, notamment autour de l’intelligence artificielle, des transitions environnementales, de l’énergie ou encore des interactions entre infrastructures et vivant.
Pourquoi avoir choisi un bâtiment en VEFA plutôt qu’une construction entièrement conçue par l’École ?
Nous voulions avancer rapidement et saisir une opportunité stratégique sur le plateau de Saclay.
Le choix d’un bâtiment en VEFA permettait de disposer rapidement d’un site très bien positionné, à proximité immédiate de la future ligne 18 (350 m à pied !) et au cœur du campus de l’IP Paris, entre AgroParisTech, Télécom Paris et l’École polytechnique, face à la R&D d’EDF.
Le bâtiment correspond également à nos besoins puisqu’il s’agit d’un espace tertiaire technicisé, adapté à la fois à la formation et à certaines activités de recherche.
Quel est le calendrier envisagé ?
L’objectif est une ouverture à la rentrée 2029.
La livraison du bâtiment interviendrait fin 2028, suivie d’une phase d’aménagement intérieur afin d’accueillir les premiers étudiants, chercheurs et doctorants à partir de septembre 2029.
Ce calendrier laisse justement le temps de préparer les futurs projets scientifiques et pédagogiques qui donneront vie au bâtiment.
Quel rôle la communauté des alumni peut-elle jouer dans ce projet ?
Un rôle essentiel.
Les grandes écoles publiques d’ingénieurs évoluent aujourd’hui dans un contexte budgétaire contraint. L’État continuera naturellement à soutenir l’École, mais il devient indispensable que les communautés d’alumni puissent continuer à participer elles aussi à son développement et à son rayonnement.
Ce projet de bâtiment est structurant pour l’avenir de l’École, mais aussi pour la construction de l’IP Paris. Il s’inscrit pleinement dans notre contrat d’objectifs et de performance avec l’État et représente un investissement important.
Soutenir ce projet, c’est contribuer directement à la capacité de l’École des Ponts à renforcer, au cœur d’IP Paris, son rayonnement scientifique et académique et à demeurer, aux côtés des autres écoles membres, une institution de premier plan dans les décennies à venir.
Interview réalisée par la Fondation des Ponts.





